L’Icône de l’histoire du sport

Quatre titres de champion du monde, une victoire olympique, 40 victoires en Coupe du monde, 13 victoires en Championnat du monde: n’importe quel sportif en rêverait, Pirmin Zurbriggen, lui, a gagné tout ce qu’il y avait à gagner pour un skieur. Et pas seulement: il était unanimement apprécié pour sa gentillesse, sa discipline et son professionnalisme. C’est sans doute pour cela qu’il a réussi sa retraite sportive: la transition de la vie skis aux pieds à la vie d’après. «Ce n’est facile pour aucun sportif, parce qu’on n’est pas accompagné, admet Pirmin Zurbriggen.

Comment vous y êtres-vous pris pour passer de skieur émérite à hôtelier et homme d’affaires accompli? 
PIRMIN ZURBRIGGEN: Ça n’a pas été simple et ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. Quand j’ai arrêté, je n’avais que 27 ans, j’étais donc très jeune. Il m’a d’abord fallu un peu de temps pour imaginer ce que j’allais bien pouvoir faire. En plus, je voulais apprendre et accumuler des expériences. D’abord, j’ai pu travailler dans la société de marketing de Marc Biver, puis chez le constructeur de skis Authier. Ce n’est que quatre ans après la fin de ma carrière que je suis revenu en Valais pour reprendre l’hôtel de mes parents. 

Et vous avez eu la chance que votre épouse, Moni, soit du métier.
P. Z.: Oui, elle avait passé sa patente d’hôtelière-restauratrice. Le fait que mes parents aient tenu cet hôtel et que j’y aie donc grandi a aussi bien aidé. Finalement, ce sont tous ces facteurs qui ont fait que ça a marché. 

Aujourd’hui, avec Moni, vous dirigez le Suitenhotel Zurbriggen à Zermatt et, avec votre sœur Esther et votre beau-frère, vous êtes associé au Well- ness und Spa-Hotel Zurbriggen à Saas-Almagell. Comment s’y prend-on pour réussir dans l’hôtellerie? 
P. Z.: Un hôtel, c’est des investissements incessants. On ne peut jamais s’arrêter, il faut coller au marché et aux attentes de la clientèle. Mais les investissements, il faut d’abord les gagner. Par conséquent, on ne peut diriger un hôtel qu’avec une vision à long terme. Pour moi, cela signifie que nous construisons et préservons quelque chose qui pourra être repris par nos enfants. 

Les deux hôtels ont une formule différente et démontrent la diversité et la nécessité de se différencier dans le tourisme actuel. Est-ce devenu plus difficile que du temps de vos parents?
P. Z.: Nous affrontons d’autres défis, il faut se positionner plus clairement. A Saas-Almagell, nous misons sur l’ambiance idyllique et le bien-être, avec un spa de 1100 mètres carrés. L’hôtel de Zermatt, avec ses trente lits, met l’accent sur le design, le confort et une vue à couper le souffle sur le Cervin. Mais tous les hôtels dépendent de la promotion qui est faite pour vendre une destination. Nous, hôteliers, ne pouvons l’assurer seuls. Au niveau de l’un ou l’autre hôtel, c’est le bouche à oreille qui fonctionne le mieux: la plupart des clients que nous accueillons viennent à la suite d’une recommandation. 

Quel est l’effet du franc fort? 
P. Z.: Toute l’hôtellerie a perdu des clients de Suisse et de la zone euro. Il faut avoir du souffle pour surmonter ça. Mais comme nous avons beaucoup d’habitués, le problème est un peu moins aigu chez nous. Par ailleurs, beaucoup d’Asiatiques, d’Américains et d’Australiens viennent en Valais, surtout à Zermatt. Cela permet de compenser. 

Vous allez parfois chercher vous-même vos clients à la gare avec votre véhicule électrique. Sont-ils étonnés quand, tout à coup, ils reconnaissent «Pirmin»? 
P. Z.: Oui, parfois ils sont surpris et ça leur fait plaisir. Dans l’hôtellerie et la restauration, c’est le service qui compte: l’amabilité, la disponibilité sont décisives. Je vais d’ailleurs volontiers chercher les gens, le travail du chauffeur ou du portier ont aussi toute leur importance. Pour moi, il va de soi d’assurer moi-même, toutes les tâches qu’accomplissent nos employés. Je pense qu’ils l’apprécient et que les clients le remarquent. 

Suitenhotel Zurbriggen à Zermatt, Pirmin Zurbriggen, Valais
Une atmosphère harmonieuse règne dans la spacieuse suite Olympia.

Qu’est-ce qui distingue l’hospitalité valaisanne?
P. Z.: C’est ce que l’on décrit comme le caractère montagnard. Nous sommes authentiques. Nous pouvons être très euphoriques et laisser parler notre joie. Les gens apprécient aussi notre joli dialecte. Et puis, bien sûr, le Valais, c’est la nature. Les grandioses paysages de montagne sont propres à recharger l’être humain en énergie. Beaucoup de nos clients nous le disent, même quand ils n’ont séjourné que quelques jours, ils repartent du Valais regonflés à bloc. 

A côté de votre entreprise, vous vous êtes aussi engagé dans l’aide à la relève du ski. Pourquoi? 
P. Z.: Pour les enfants passionnés de sport, il est très difficile de concilier études et sport. Je voulais changer ça, car le sport est très important, c’est vraiment une école de vie. Il ne s’agit pas de permettre à tout le monde d’atteindre les sommets, mais plutôt que tout le monde puisse vivre sa passion. L’Association valaisanne de ski, que je préside, a créé ces dix dernières années, avec les écoles, les sponsors et l’Etat, dix centres régionaux où se pratique l’entraînement. Car il est essentiel que les enfants jusqu’à 15-16 ans puissent continuer de vivre à la maison. C’est au sein de la famille que leur sont dispensées les valeurs qui leur serviront toute la vie: l’amour, l’estime, la cohésion. En collaboration avec l’école, ils peuvent ainsi pratiquer près de chez eux un entraînement digne de ce nom. 

Le modèle a l’air de fonctionner. 
P. Z.: Oui, nous avons désormais quelques jeunes Valaisans en Coupe du monde. Mais comme je le disais, il ne s’agit pas que de sport haut niveau, ce qui attire, certes, le plus l’attention. Ceux qui n’arriveront pas en Coupe du monde ni en Coupe d’Europe en bénéficient aussi. Car le sport nous aide à surmonter les difficultés, il nous apprend l’humilité, à ne pas être obnubilé par les résultats. 

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